Historique de la prohibition - 1986-1990 : Les Années de Plomb

le 11/04/2008

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Historique de la prohibition - 1970-1976 : Les amateurs de cannabis se rebellent

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Le 19 juin 1986, la moto conduite par Michel Colucci percute de plein fouet un camion.
« Les Frères Pétards » a failli ne jamais sortir. Le gouvernement oblige réalisateur et producteur à mettre un bandeau annonçant la nature du film. Comme dit Géné, célèbre journaliste à propos d’Albin Chalandon, Garde des Sceaux, « il n’a pas inventé le fil à couper le shit ».
Après la campagne de pub « La drogue, c’est de la merde », un échec retentissant, une nouvelle campagne : « La drogue, parlons en avant qu’elle ne lui parle » est lancée par le gouvernement.
Un soir de décembre, Malik Oussekine est tué par les voltigeurs de la police rue Monsieur-le-Prince.

Nous voilà en 1987. Le recours aux soins forcés préconisés par Albin Chalandon est abandonné. Pour compenser, de nouvelles mesures contre les trafiquants vont être prises.
En 1987 débute l’affaire Apap.
Lors de l’audience de rentrée du tribunal de Valence, Georges Apap prononce un discours où il s’en prend à la prohibition, un discours qui lui vaut les foudres du Garde des Sceaux qui le mute d’office à Bobigny.
Le 9 octobre, il est jugé par ses pairs qui lui reprochent de critiquer l’action du gouvernement alors que sa fonction exige de la défendre.
Finalement, jugeant entre autre que sa vision d’un monde où les drogues seraient légalisées est utopiste, Georges Apap sera relaxé.
Dans son rapport annuel, le professeur Olievenstein s’indigne : « Rarement les professionnels ont été traités par les mileux officiels avec une telle arrogance, un tel mépris et une telle agressivité ».
En décembre est créée la Coordination radicale antiprohibitionniste. Au même moment, sous l’impulsion de Milton Friedman, économiste américain et libertarien, naît la Drug Policy Foundation.

En 1988, The Economist lance un Appel : « Regulate it ! »
Howard Marks, citoyen britannique surnommé le Marco Polo de la drogue, est arrêté à Palma de Majorque… Des années plus tard, il publiera un récit de ses aventures dans un livre : « Mister Nice ».

Le temps passe vite, et nous voilà en 1989, année où est fondée la Ligue internationale antiprohibitionniste… Georges Apap est le seul Français à en faire partie.
C’est en 1989 que paraît un livre stupéfiant « Le Droit de la drogue »… Et un journaliste de Libération d’écrire : « Francis Caballero a pourtant commis là, avec l’onction quasi biblique de la maison Dalloz un véritable brûlot ».
Il faudra deux ans au Conseil économique et social pour pondre un rapport désolant. Un petit extrait ? A propos de la Drogue, cette sous-culture, Eveline Sullerot, la rapportrice, préconise d’en finir « ne serait-ce que pour arrêter à temps les rumeurs et les campagnes lancées par les trafiquants, la dernière étant celle qui laisse entendre que la légalisation des produits illicites arrêterait à la fois trafic et toxicomanie, alors qu’elle répandrait le mal dans des proportions irréparables ».
Michel Charasse, ministre en bretelles, déclare dans une interview au Point : « Les trafiquants de drogue doivent savoir que je suis leur pire ennemi. Ils pourrissent les gamins. Jusqu’à mon pays, l’Auvergne, où pourtant il ne pousse pas de cannabis ! En tant que maire, j’ai perquisitionné à l’école et fait ouvrir les cartables. Nous avons trouvé du cannabis qu’un jeune soldat du coin a ramené du Liban ».
En 1989, le mur de Berlin tombe.

Nous voici en 1990.
Georgina Dufoix prend la présidence de la DGLDT. Le professeur Nahas, le docteur Folamour du cannabis, est pressenti par la nouvelle madame Drogue qui déclare dans le magazine Match : « L’abus de drogue détériore les fonctions du cerveau cent fois plus rapidement que l’alcool et deux cent fois plus que le tabac ».
En Ariège, la répression bat son plein. Pour protester contre la chasse aux « Pélus », quelques courageux créent l’association ALI (Association pour les libertés individuelles) qui se voit interdire l’accès à une salle de la mairie de Saint Girons où ils comptaient organiser un débat sur le Droit du cannabis de l’antiquité à nos jours avec Francis Caballero en Guest Star. La raison invoquée par Roger Fouroux, le maire ? Il ne voudrait pas que ses concitoyens pensent qu’en mettant une salle communale à disposition « ils cautionnent les propositions de dépénalisation qui seront avancées à l’occasion de cette réunion ».
Libération sort un numéro spécial intitulé « Drogue, la guerre mondiale » qui démontre qu’elle est perdue.
« Manif pour la légalisation samedi 23 juin 1990 » peut-on lire sur des affiches artisanales. Il ne sont qu’une dizaine, jeunes pour la plupart, et le jour dit, ils déploient une banderole sur laquelle est griffonné : « Légalisez le canabis » avec un seul « N ».
Rendez-vous est pris pour la semaine suivante. Le bouche à oreille a fonctionné, les journalistes et les CRS sont sur le coup. Les manifestants aux cris de « Libérez Marie-Jeanne Enfermez Jean-Marie » et « Des Coffee-shops à Paris » traversent le Pont Saint-Michel. Contrôles musclés et gardes à vue sont au programme.
Pendant les vacances estivales, les membres de « Défonce libre » et « Fume » (Fondation Unitaire des Marginaux Eclatés) complotent. Initiateurs de l’événement, ils sont rejoints par le futur président d’une association en cours de création, le MLC (Mouvement de Légalisation du Cannabis) de Francis Caballero.
Qu’importe la visite des Renseignements Généraux chez Carolien Tuijthof considérée comme l’instigatrice de la contestation, tous se retrouvent le 23 septembre.
Comme dans les années 70, les manifestants expriment leur différence en scandant : « Vous c’est le pastis ! Moi c’est le haschich ! ». Tous les samedis, jusqu’au 17 novembre, malgré la répression, les partisans de la légalisation du cannabis se retrouvent pour une manifestation improvisée.
En ce 17 novembre, rendez-vous est pris à Saint-Germain, mais à peine sortis du métro, voir dans les couloirs, les flics en civil se ruent sur tout ce qui ressemble à un contestataire. La place est quadrillée de CRS et la manifestation est dispersée avant même de se former.

Ce sera la dernière du genre, mais des liens se sont tissés, les protagonistes de cette aventure se retouveront en mars 1991, après la publication de Fumée clandestine et créeront le CIRC.

… Mais c’est une autre histoire.


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