Historique de la prohibition - 1981-1986 : La Grande Désillusion

le 11/04/2008

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Historique de la prohibition - 1986-1990 : Les Années de Plomb

Les élections présidentielles approchent.

C’est au dernier moment, paraît-t-il, que le parti socialiste glisse dans son programme, au chapitre consacré à la famille, quelques lignes où il se prononce timidement pour une dépénalisation de l’usage.
Les membres du mouvement informel, mais bien réel qui avait atteint son apogée avec l’organisation des Assises pour la dépénalisation à Paris, accueillent avec soulagement l’arrivée du socialisme… Et le soir du 7 mai, alors que dans les beaux quartiers, les riches bouclent leur valises pleines de billets, les joints tournent place de la Bastille. On allait enfin en finir avec la petite bourgeoisie et ses idées étriquées.

Le lendemain où le socialisme arrive en France, Bob Marley s’en va.

Christophe Gourmand, activiste montpellierain, est convoqué devant le tribunal. Une association de parents d’élèves a porté plainte suite à la distribution par des mineurs d’un tract du Calumed à la sortie du Lycée Joffre, le plus huppé de la ville.
Les membres du collectif « Volem fumar al païs » se défilent et refusent de lui apporter un soutien concret. Dégoûté, Christophe prend ses distances. En quelque mois, le Calumed perd de sa superbe, s’étiole et meurt.

« DROGUES, LE BOOM MONDIAL », telle est la Une de Libé ces 30 et 31 janvier 1982.
Quelques semaines plus tôt, le même journal relatait l’arrivée « d’un mystérieux cancer chez les homosexuels américains ».

Un Monsieur Drogue, François Colcombet, ex-président du Syndicat de la magistrature, est nommé en 1982. Il est contre la dépénalisation. « Mieux vaut ne pas dépénaliser, quitte à ne pas réprimer, même si je suis peut-être un vieux pompon à cet égard », déclare-t-il. De toute façon, c’est impossible, la France a signé des accords internationaux… Une litanie dans la bouche des responsables de tout poil.

Le docteur Claude Olievenstein est le chouchou des médias. Le débat drogue douce drogue dure ? Ça ne l’intéresse pas. Et de nous expliquer que nous ne sommes pas tous égaux devant les drogues. Tout dépend « du produit, de la personnalité de l’usager et du moment socioculturel ». Il n’a pas vraiment tort. Et il découle de cette trilogie qu’il est possible d’avoir un usage dur d’une drogue douce, et inversement ,un usage doux d’une drogue dure.

Juste après une allocution de François Mitterrand, la première chaîne propose un reportage « Hasch à la ferme » où deux cultivateurs portant des masques de Mickey nous font visiter leur potager.
Quelques mois plus tard, nos cultivateurs se dévoilent et fondent le collectif « Fumée douce ».

La répression bat son plein. Le shit devient rare et les ados découvrent le charme de la colle à rustines.

Fin 1981, les mystérieuses éditions Sinsemilla lancent un magazine : Viper. Dessinateurs en herbe ou confirmés, journalistes amateurs ou professionnels, ayant pour tout salaire les joints qu’ils partagent, les premiers numéros de Viper sont conçus dans la cuisine de Gérard Santi, son rédacteur en chef.
Au fil des ans, le magazine grandit et devient adulte. La revue Drogues financée par l’Etat, le reconnaît d’utilité publique. En 1984, Gérard Santi travaille dans un vrai bureau, ses collaborateurs sont plus exigeants que par le passé, nombreux sont ceux qui défilent et proposent des articles ou des dessins, même les publicitaires le courtisent.
Trop c’est trop ! Gérard Santi dit Stop. Il ne veut pas que Viper devienne un magazine comme les autres.

Le boom des drogues annoncé en 1982 se confirme en 1983 si l’on se réfère au rapport de l’Onu. Le Liban est montré du doigt…Son haschich rapporté dans les Rangers par les soldats de la Finul, fait le bonheur des drogués Français. Une France bien obligée de constater qu’on trouve de plus en plus d’héroïne. Quant au cannabis, il est devenu d’une totale banalité d’en fumer.
Le nombre d’interpellations d’usagers de cannabis double en un an passant de 6000 à 12000. Idem pour l’héroïne.

Le 17 juillet 1983 l’usage et la consommation des drogues pour usage personnel ne sont plus un délit en Espagne.

En 1984, les experts de l’Onu (la voix des Etats-Unis farouches partisans de la guerre à la drogue) adresseront des remontrances non seulement à la Hollande, mais aussi à l’Espagne… Dans l’élan, ils décerneront une médaille au Mexique pour ses efforts, le Mexique qui défend avec les Etats-Unis (quel paradoxe !) sa place de premier producteur mondial de marijuana.
Le docteur Olievenstein commentant la politique des drogues en France, nous prévient : « Nous paierons le prix de la politisation des problèmes de la drogue et d’une idéologie sécuritaire distillée à des fins électorales. Tout le monde en paiera le prix à gauche comme à droite ».
Le score du Front National, 11 % de voix lors des élections européennes, crée un choc et donne raison au docteur Olievenstein., En tête des préoccupations françaises avec le chômage, la Drogue est un argument électoral de poids. Elle symbolise l’insécurité. Les cités sont peuplées de dealers étrangers qui vendent de la mort à nos gosses. La stigmatisation des drogues comme des drogués a attisé un sentiment d’insécurité que tous les partis politiques ont utilisé avec pour seul objectif, ramasser des voix.

D’après l’Onu, mais c’est chaque fois la même ritournelle, l’année 1985 est pire que la précédente. L’occident est un réservoir inépuisable de consommateurs alimenté par des pays qui ne demandent qu’à produire des drogues, des marchandises idéales pour les fomenteurs de coups d’Etat.
Le saviez-vous ? Au pays de la guerre à la drogue, la marijuana est la deuxième production agricole après le maïs et les experts s’inquiètent de l’augmentation de la culture en intérieur.

En projet, une nouvelle loi qui permettra la comparution immédiate des usagers revendeurs. Les effectifs de l’Octris (Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants) sont renforcés. La loi sur les « petits dealers » sera finalement votée le 20 novembre 1985. Une peine entre deux et six ans de prison est prévue.

C’est souvent lors de son service militaire que l’appelé est initié au plaisir de la fumette.

Un nouveau Monsieur Drogue, Jean-Claude Karsenty est nommé à la place de Franck Perriez, lequel avait succédé à François Colcombet. À quoi sert un « Monsieur Drogue » ? À répéter inlassablement qu’il n’y a plus d’usagers en prison, que nous avons signé les Conventions internationales et qu’il n’est donc pas possible de dépénaliser l’usage.
Ce n’est pas l’avis de Francis Caballero pour qui il suffirait d’ajouter un mot pour changer le sens à cette Convention.


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