Historique de la prohibition - 1977-1980 : Quand les hippies deviennent des babas

le 11/04/2008

Historique de la prohibition - 1968-1969 : Le Péril Jeune

Historique de la prohibition - 1970-1976 : Les amateurs de cannabis se rebellent

Historique de la prohibition - 1977-1980 : Quand les hippies deviennent des babas

Historique de la prohibition - 1981-1986 : La Grande Désillusion

Historique de la prohibition - 1986-1990 : Les Années de Plomb

La France découvre que ses enfants se droguent. Les affaires se multiplient. Les ados cuisinés par les gendarmes craquent. Les filières, le plus souvent une bande de potes qui bientôt ne le seront plus du tout, sont démantelées.

C’est justement un procès qui va redonner au mouvement désordonné constitué dans la foulée de l’Appel du 18 joint, un nouvel élan. En mars 1977 à Lons-le-Saunier, sous préfecture du Jura 49 personnes plus ou moins insérées, s’entassent dans la salle du tribunal. Vingt-huit prévenus sont menottés, certains sont en prison depuis plus de six mois.
Avant ce procès retentissant, bien peu de gens connaissaient Lons-le-Saunier. Qu’on s’y drogue est un choc pour tous les parents qui pensaient que l’épidémie — comme disait le docteur Nahas, était circonscrite aux grandes métropoles.
Le procès débute au lendemain d’une forte progression de la gauche aux élections municipales. La presse s’en empare et commence un match de ping-pong entre le Figaro, symbole de la droite, et Libération dans le rôle du vilain petit canard.
Le premier en fait sa manchette « Hasch en stock » et promet de révéler à ses lecteurs « comment se déroule le trafic de stupéfiant ». Le second craint qu’avec tout ce battage, la justice ne soit pas objective.
Contre les 49 inculpés, le procureur requiert en tout 110 ans de prison.

La France des fumeurs s’émeut. Ils en ont marre qu’on les considère comme des toxicos, marre des gros mensonges véhiculés par la presse. Le 17 mai, à quelques jours de la sentence, lors d’une grande fête organisée par le Loustal, maison d’expression libre autogérée sise à Montpellier, quelques individus distribuent des tracts où ils demandent le retrait du cannabis du tableau des stupéfiants et invitent les passants à débattre autour d’une table sur laquelle ils ont posé deux pieds de chanvre.
Ce jour-là, ils ajoutent 367 signatures à la pétition qui circule en faveur des inculpés de Lons-le-Saunier. A quelques jours du verdict, la pétition : « nous fumons du haschich et sommes solidaires des inculpés », recueillera 2000 signatures qui seront remises au procureur.

Finalement, le tribunal tenant compte « du contexte social des inculpés et de la situation politique actuelle » prononce des peines beaucoup plus douces que celles demandées par le procureur.
Vexé, le Parquet fera appel à l’encontre de 16 inculpés. Trois d’entre eux verront leurs peines aggravées.

Pour fêter l’année 1977, Libération s’inspirant d’une station de radio néerlandaise, dresse une fois par semaine un récapitulatif des prix des différentes variétés de cannabis disponibles sur le marché et distille quelques conseils pratiques.
Sept mois plus tard, marquant la fin des années hippies et le début des années punk, la bourse du shit est remplacée par White Flash, la chronique d’Alan Pacadis… « Merde, love and peace, c’est fini, si tant est que cela a été un jour ».

Ca flippe dans les chaumières. Valéry Giscard d’Estaing recommande la nomination d’un « Monsieur Drogue » (on en verra défiler une bonne douzaine en dix ans !) chargé de trouver des solutions concrètes pour en finir avec la toxicomanie.

En 1978 sort le premier rapport français sur la question des drogues. Il a été confié à Monique Pelletier et il balaie allégrement les idées reçues mettant à mal la plus tenace d’entre elles, la théorie de l’escalade.
L’acte de fumer n’est certes pas banal, mais il serait souhaitable, écrit notamment Monique Pelletier, « de fixer clairement en accord avec les spécialistes concernés un seuil quantitatif au-dessous duquel tout porteur serait, sauf preuve du contraire, assimilé à un usager et non à un trafiquant, et de recommander que, au-dessous de ce seuil, le détenteur ne soit plus déféré au parquet. »
Vingt-huit ans plus tard, l’usage en privé est toujours passible d’un an de prison et de 3750 euros d’amende.

Nous voilà en 1979 !

1979, c’est l’année où Sid Vicious meurt d’une overdose, l’année où Jacques Mesrine est abattu.
En octobre, le magazine La Gueule Ouverte décide de s’attaquer à « l’intolérable hypocrisie » du gouvernement et se lance dans la bataille pour la « dépénalisation de la culture et de la consommation du cannabis » avec un texte intitulé : « Pour le plaisir ».
En 1979, chaque fois qu’on découvre quelques grammes de hasch dans les poches d’un ado, les journaux en font leur gros titre.
Il en va ainsi d’une affaire qui éclate au collège de Liverdun, une petite ville de Meurthe et Moselle. Tandis que l’Est Républicain titre : « Drogue, scandale au collège de Liverdun », le Figaro en rajoute : « Drogue : les parents ont raison d’avoir peur » et Ici-Paris s’insurge : « Scandaleux ! La drogue au programme ».
Libération, le journal des gauchistes, s’oppose à l’Humanité, l’organe du parti communiste. Tandis que le premier se félicite de l’acquittement d’un planteur de cannabis par le tribunal de Toulouse, le second, quelques jours plus tard, titre : « Une scandaleuse provocation, l’apologie de la drogue aux portes du lycée ».

1979 sera une bonne année pour la brigade des stups qui saisit plus de six tonnes de beuh.

Nous sommes en 1980.

Entre Libé et l’Huma s’engage une partie de ping-pong… Et Libération de prévoir : « Les sorcières des années 80, ce seront les drogués ».
Le docteur Olievenstein se demande si la répression « n’est pas un prétexte pour faire faire un pas de plus à la fascisation du pays ».

La Gueule Ouverte est toujours le magazine des partisans de la dépénalisation… A sa tête, Jean-Luc Bennahmias !
Un peu partout en France, à Montpellier, à Rennes ou à Saint-Etienne, sont créés les CALUMED, les Comités d’action pour la libération de l’usage de marijuana et de ses dérivés.
Jean-Pierre Chevènement regrette que les cannabinophiles deviennent le « prétexte à un quadrillage policier de la jeunesse ».
Le PSU soutient le mouvement pour la dépénalisation.
Quelques représentants du CALUMED participent à la première conférence sur la légalisation du cannabis organisée à Amsterdam par la « International Cannabis Alliance for Reform », fusion d’une association britannique, du Norml américain et du parti radical italien.
Le premier mai, on fume des joints dans la manif parisienne, et à Montpellier une banderole en faveur de la dépénalisation du cannabis est déployée.
Le 10 et 11 mai se déroulent à Paris les « Assises pour la dépénalisation du cannabis ». Il n’y a pas foule. On écoute Jean Fabre, le représentant du Parti radical italien et un représentant de Legalize Cannabis Campaign. Les représentants des CALUMED en région, ils sont désormais une quinzaine, se plaignent. Ils n’ont pas été consultés et aucune réunion nationale de concertation n’a eu lieu.
Noah regrette déjà d’avoir déclaré dans Rock and Folk son penchant pour le chanvre qui se fume.
Riche en événements cannabiques, l’année 1980 se termine, après trois ans d’instruction, par un procès, celui du journal Libération accusé d’avoir présenté le cannabis sous un jour favorable en publiant des recettes, des fiches pratiques et des articles sur Thomas Szasz, auteur du fameux « La Persécution rituelle des drogués, boucs émissaires de notre temps ».

Historique de la prohibition - 1968-1969 : Le Péril Jeune

Historique de la prohibition - 1970-1976 : Les amateurs de cannabis se rebellent

Historique de la prohibition - 1977-1980 : Quand les hippies deviennent des babas

Historique de la prohibition - 1981-1986 : La Grande Désillusion

Historique de la prohibition - 1986-1990 : Les Années de Plomb




CIRC Paris 2013 - le CIRC ne fait pas de prosélytisme. admin