Historique de la prohibition - 1970-1976 : Les amateurs de cannabis se rebellent

le 11/04/2008

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En 1971, Jacques Chaban-Delmas envoie à la presse une « charte de l’information sur la drogue » où il conseille aux journalistes de « casser les associationsl valorisantes drogue-plaisir, drogue-révolte, drogue-communauté et les remplacer par les contraintes souffrance, asservissement, isolement ».

Le plaisir entre en politique. Les femmes luttent pour le droit à l’avortement et les homosexuels créent le Fhar (Front homosexuel d’armée révolutionnaire).
En déclarant qu’il trouve peu convaincants les propos du docteur Nahas (le docteur Folamour du cannabis), le professeur Olievenstein représente l’avant-garde.
En Italie, Marco Panella, le leader charismatique du Parti radical, est appréhendé pour avoir fumé lors d’une réunion pour la dépénalisation.

« Le drogué de 1972 est traité en France comme l’hérétique du Moyen-Age », note Actuel dans le numéro qu’il consacre aux drogues.

Les jeunes voyagent. Ils font la route, fument le Chillum en Afghanistan et moissonnent au Cachemire. Ils ramènent dans leur sac à dos des variétés de haschich étonnantes et détonantes. Les plus audacieux goûtent au LSD, pyramides roses et buvards. Dès l’automne venu, les mêmes s’en vont cueillir des psylos dans les prairies à vaches.

actuel couvertureEn 1975, Actuel se saborde. Tirant à 90 000 exemplaires, se passant d’un sac à dos à l’autre, il resserrait autour de ses petites annonces les liens entre les paumés, les clochards célestes, les zonards, les bâtisseurs d’utopies, les voyageurs…
Au même moment, les Sex Pistols donnaient leur premier concert à Londres.

Dans les années 70, un pays : la Hollande, et une ville : Amsterdam, séduisent les amateurs de cannabis. Bien avant la loi de 1976 qui réserve un régime de prohibition douce au cannabis, le Paradiso ou le Melkweg, des hauts lieux de la Contre-culture amsteldamoise, tolèrent un dealer maison. En 1975, à La-Haye, un jeune homme accusé d’avoir vendu du cannabis dans une maison de jeunes, explique au tribunal que son activité empêche ses clients de traîner dans la rue où leur seront immanquablement proposées ce qu’il est alors convenu d’appeler des drogues dures. Les journaux reprennent l’information, le grand public s’émeut, des pourparlers s’engagent entre les maires, les officiers de justice, les ministères concernés, et tenant compte des conclusions du rapport Bahn (1972), lequel considère le cannabis comme une drogue socialement acceptable, le gouvernement hollandais invente le concept du coffee-shop.

Concernant le cannabis, la France se distingue déjà de ses voisins européens par un discours musclé et une pratique répressive. Les fumeurs sont présentés soit comme de futures loques humaines, le haschich ouvrant grand la porte de l’héroïne, soit comme les victimes de dealers mal intentionnés. Quant à la presse, qu’elle soit de droite ou de gauche, elle participe activement à la désinformation autour d’une plante qui connaît un franc succès, incite à la paresse, un pêché vraiment capital dans une société capitaliste.

Devant tant de sottise accumulée, quelques jeunes journalistes travaillant à Libé et à feu Actuel décident de lancer l’Appel du 18 joint, un clin d’œil osé, mais bien dans l’esprit cannabique de l’Appel lancé de Londres par De Gaulle.
l humanité

Un texte est rédigé. Il rappelle que chacun de nous utilise des drogues, que les rapports officiels relativisent les dangers du cannabis, que la France « continue d'entretenir la confusion entre drogues dures et drogues douces, gros trafiquants, petits intermédiaires et simples usagers », que les médias sont coupables de « mener des campagnes d'intoxication fondées sur des mensonges ineptes » et que la répression massive touche avant tout « la jeunesse ouvrière et les immigrés ».
Jugeant qu’il faut mettre fin à cette situation absurde, le texte demande « la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantités de consommation courante ».
Pour donner plus de poids à l’Appel, ses instigateurs affirment « qu’ils ont déjà fumé et sont éventuellement disposés à réitérer sans pour autant se considérer comme des délinquants ».
Texte en main, ils démarchent des personnalités et des stars du show-biz, lesquelles se défilent les unes après les autres. Ce qu’ils ne pouvaient deviner, c’est que parmi les courageux signataires de « l’ Appel du 18 joint » 1976 se dissimulaient un futur ministre, Bernard Kouchner, et un le futur président de la ligue des Droits de l’homme, Henri Leclerc.
Le 18 juin, François Chatelet, philosophe enseignant à la faculté de Vincennes, repaire de gauchistes et laboratoire d’idées neuves, dépose un plant de cannabis au pied de la statue de Lamarck dans le jardin des Plantes avant de lire le texte de l’Appel. En fin de journée, plusieurs centaines de personnes se retrouvent aux Buttes Chaumont pour fumer des pétards et faire la fête au son des guitares.

Les médias n’ont pas relayé l’information et ceux qui sont à l’initiative de l’Appel n’ont jamais été invités à s’exprimer. Le seul qu’on entend, c’est le docteur Olievenstein qui s’avoue révulsé.

 


Suite à « ‘l’Appel du 18 joint », Libération a reçu 1 200 lettres et recueilli plus de 2 500 signatures.

L’année suivante, les journalistes de Libération s’empoignent sur la signification politique d’une journée commémorative. De toute façon, le 18 juin 1977 comme le jour précédent et le jour suivant, il pleut sur les Buttes Chaumont.

 

clown du circ


« L’appel du 18 joint » est le premier acte de rébellion des fumeurs contre un pouvoir autiste. Pour se faire entendre des politiques, ceux qui l’ont lancé ont choisi l’humour, une forme d’action qui perdurera comme nous le constaterons.
L’Appel n’a pas résisté longtemps aux embrouilles idéologiques, mais il a créé des liens, des connivences, des complicités. Il a ouvert la voie du militantisme cannabique, un sport qui se développe alors que le mouvement qui les a portés se meurt et que les hippies de tout poil se rasent.


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