Historique de la prohibition - 1968-1969 : Le Péril Jeune

le 11/04/2008

Historique de la prohibition - 1968-1969 : Le Péril Jeune

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Nous sommes à Woodstock en 1969, une bourgade de l’Amérique profonde. Qui mieux que Jimmy Hendrix interprétant au petit matin sa version de l’hymne américain incarne le mieux la révolte d’une partie de la jeunesse contre la guerre du Vietnam ? Une jeunesse qui découvre la marijuana, goûte au LSD et rêve de réconcilier l’individu avec la politique.
En Europe, c’est à l’île de Wight que la jeunesse contestataire, les adeptes du Flower Power, se donnent rendez-vous. Plus de 250 000 personnes se déplacent pour entendre Bob Dylan chanter Times, they are a changin’. Un an plus tard, près de 600 000 spectateurs se presseront pour écouter Jimi Hendrix, les Who, Miles Davis, Donovan, Joan Baez…

woodstock 1969


1969, c’est aussi l’année où sort sur les écrans Easy Rider de Dennis Hopper. Ce film qui montre une Amérique intolérante et raciste en mettant sur une moto deux hippies, devient une référence pour ceux qui sont en rupture avec la société de consommation et veulent en finir avec le vieux monde. La scène où Dennis Hopper et Jack Nicholson prennent de l’acide dans un cimetière est dans toutes les mémoires.

La jeunesse radicale, celle qui voudrait donner un sens aux utopies esquissées en mai 1968, est divisée. D’un côté, il y a ceux qui croient à la révolution du peuple par le peuple, se déguisent en ouvrier pour l’enseigner et lancent un appel à l’insurrection par l’intermédiaire de la Cause du peuple dont Jean-Paul Sartre sera un éphémère responsable après l’arrestation de son rédacteur…Et de l’autre, ceux qui redoutent la discipline martiale des groupuscules gauchistes et doutent de leur efficacité sur le terrain de la guérilla. Ceux qui découvrent en tirant sur un joint d’Africaine ou d’Afghan de nouveaux continents et lisent Do It plutôt que Le Capital.

Cette fracture se concrétise en 1970 lors du festival de Biot-Valbonne, le grand festival de l’été. Les Mao débarquent drapeaux rouges en tête. Scandant « le pop au peuple », ils s’affrontent avec le service d’ordre et les apprentis hippies. Les premiers reprochent à la marijuana de démobiliser les troupes et les seconds affirment que « la subversion culturelle sape les valeurs bourgeoises bien plus efficacement que les meetings à la Mutu ».

Un groupe VLR (Vive La Révolution) et son journal Tout fait le joint entre les gauchistes et les marginaux. Mais le magazine qui deviendra le flambeau de la Contre culture, c’est évidemment Actuel. Jean-François Bizot, jeune homme de bonne famille revient stupéfié des Etats-Unis où il a découvert l’herbe, l’acide et la presse underground. Le numéro Un d’Actuel sort en octobre 1970. Son titre ? « Les communautés contre la famille. »
C’est l’année où les jeunes fuient en masse les villes pour tenter de vivre en autarcie à la campagne sous l’œil goguenard des autochtones. 1970, c’est aussi l’année de la création du MLF.

mai 68 Depuis les événements (comme on dit pudiquement) qui ont secoué le pays en 1968, les jeunes font peur. Quand ils n’apprennent pas à fabriquer des cocktails Molotov, ils apprennent à rouler des joints. Pour rassurer sa « majorité silencieuse », le gouvernement décide de les mater. Il enfante de la loi anti-casseur pour calmer les ardeurs gauchistes. Et pour calmer les drogués, il invente une loi « visant à transformer les dispositions juridiques en matière de trafic et d’usage de stupéfiants ».
La première loi, accompagnée de l’interdiction de la Gauche prolétarienne, a fait grand bruit tandis que la seconde est passée inaperçue. À l’époque, on confondait joyeusement toutes les drogues. Les passants s’écartaient lorsqu’ils croisaient des « chevelus », immédiatement soupçonnés d’être des drogués. La presse s’en donnait à cœur joie comme en témoignent ces extraits d’un article paru en 1970 dans le journal Ici Paris : « J’ai vu des garçons et des filles rongés par la crasse et les parasites se traîner dans la boue et la pourriture… Quand l’un d’eux a envie d’une femme, il la prend telle une bête, au milieu des autres… Des mégots de cigarettes au haschich ramassés à terre qu’ils se disputent comme des bêtes ».

Pierre Mazeaud, député UDR, lance le débat à l’Assemblée nationale. Il révèle à ses collègues que « des hippies s’adonnent dangereusement à la drogue et à l’anarchie sexuelle », que le drogué « s’il peut paraître inoffensif » devient lorsqu’il est en groupe « armé pour la contestation ».

La loi est finalement votée à l’unanimité parlementaire le 31 décembre 1970 à 23 heures. Particularité de cette loi, en mettant dans le même sac toutes les drogues, elle facilite le passage de l’une à l’autre et créé la classe des « toxicomanes ». Autre singularité, elle réconcilie les partis politiques dans un vaste mouvement de répression dirigé contre la jeunesse contestataire et rapidement le drogué « dans l’imaginaire de la peur sociale » remplace l’enragé.

En 1969, 836 personnes ont été interpellées à cause du cannabis, un chiffre qui depuis n’a cessé d’augmenter pour atteindre des sommets que les auteurs de cette loi n’imaginaient pas sans doute…


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